1579
Blason des arquebusiers au 16e siècle et Fancs Arquebusiers ©Marc Poelmans Armoiries de la Belgique
La Compagnie Royale des Francs Arquebusiers
le 16e siècle
Sous le Haut Patronage de sa Majesté le Roi
Chef d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de la Communauté française de Belgique


Home   Vers le 17e siècle dernière mise à jour:30/09/15

Ecu des Arquebusiers de Visé, Marque déposée sous le N°1111623 propriété FAV
Ecu original des Harquebusiers
de gueules à deux arquebuses en sautoir, d'or ou au naturel, une grenade de même en pointe

(dessin propriété de M. Poelmans)

1579

Les premiers modèles d'arquebuses portables remontent au 14e siècle donc bien avant la création des arquebusiers de Visé.

Les Harquebusiers de Visé sont nés de la volonté de quelques Visétois du XVIe siècle de créer officiellement une compagnie armée chargée de veiller sur la ville et dotée d'un armement existant depuis plus d'un siècle et en usage déjà dans les anciennes milices d'archers et d'arbalétriers: l'arquebuse et son homologue plus puissant le mousquet.

C'est en 1579 que les arquebusiers se rassemblèrent en une seconde gilde.
Partout ailleurs, le compagnies d'arquebusiers existent parfois depuis plus d'un siècle, comme à Genève qui est aussi une principauté ecclésiastique dépendant du Saint Empire germanique.


S'agissait-il à Visé de rivaliser avec les Arbalétriers, ou de suppléer à la faiblesse de leurs effectifs ?
Arbalétriers qui à l'époque sont munis d'arquebuses.

Il faut selon toute vraisemblance pencher pour la première hypothèse que vient accréditer la création très tardive des arquebusiers de Visé..
Les Arbalétriers plus anciens étaient dotés de privilèges qui amenèrent sûrement des jalousies.
La création des arquebusiers ne s'explique donc que si elle est issue d'une volonté de s'impliquer dans la vie politique de l'époque, sinon, puisque les Arbalétriers souffraient soit-disant d'un manque d'effectifs, il eut suffit de les renforcer.
Leur nombre était soit-disant insuffisant pour assurer la garde de la ville car ils avaient été décimés par l'épidémie de peste qui avait frappé à cette époque. Curieuse maladie très sélective...

Il faut aussi savoir que les "Compagnies du Papegeay" comme on les appelait souvent en Europe,
bénéficiaient en plus des donations, de certaines exemptions de taxes ou de travail, beaucoup furent créées uniquement dans ce but.

Le terme papagay, papegeai, papegeay, papagaio, papegault, Papagei,vient du nom donné à l'oiseau fiché sur un mât et que les tireurs (archers, arbalétriers ou arquebusiers) essayaient de faire tomber, réalisant ainsi le Coup du Roy
Le mat pouvait être de 5 à 6 mètres mais allait jusqu'à 30.
On utilisait dans certaines régions un mât de bateau

L'histoire relate quelques démêlées entre arquebusiers et arbalétriers...
mais aujourd'hui,
Anciens Arbalétriers et Francs Arquebusiers sont les meilleurs amis qui soient.
Les Arbalétriers, qui avaient reçu le privilège de percevoir des taxes sur les barques accostant à Visé, préservant leurs intérêts étaient de ce fait plus proches du Prince Evêque de Liège que les Arquebusiers qui adoptèrent la devise.

"Vox Populi, Vox Dei" ,
" La voix du peuple est la voix de Dieu ! "

Volonté de plus de liberté ou manière de rappeler que c'est Dieu qui s'exprime par le peuple ?
Un dieu catholique et anti réformiste bien entendu ...
Cette devise est aussi une manière de rappeller au Prince-Evêque que si les arquebusiers accepteront les contraintes qu'il impose dans les statuts, ce sera aussi à la condition que le monarque les écoute.

Si aucune date exacte ne détermine avec précision la création de la guilde en 1579,
la naissance officielle de celle-ci est par contre connue par les statuts,
inscrits dans un mandement du

Prince-Evêque Gérard de Groesbeck
le 15 mai 1580

Gérard de Groesbeek

Gérard de Groesbek
1564-1581

Né en 1517 au château de Curange (Comté de Looz).
Doyen de Saint-Lambert. Il fut imposé comme ses prédécesseurs au Chapitre cathédral et au Pays, du vivant de son prédécesseur, en mars 1562, a d'abord, malgré l'hostilité liégeoise, poursuivi leur politique, en renouvelant l'alliance de 1518 avec le roi catholique des Pays-Bas, qui étaient en pleine guerre civile et religieuse, puis, en 1577, il a finalement opté pour la neutralité de la principauté, sans qu'elle soit reconnue par l'Espagne.Fit son entrée solennelle le 15 juin 1564 et fut sacré en 1565.
Bien qu'il ait du faire face à la menace calviniste sur la Cité et intervenir dans plusieurs villes du pays, il n'est pas parvenu à faire appliquer les nombreux décrets du Concile de Trente.
Gérard de Groesbeek, qui a aussi été élevé au cardinalat, a publié un nouveau code de procédure qui est resté en vigueur jusqu'à la révolution de 1789.

Armes de gérard de Groesbeek
Gérard de Groesbeck
1564-1581


Le rôle des Arquebusiers, à côté des Arbalétriers
était de venir prêter main forte à la milice communale
et de lutter contre le brigandage,
sous la bienveillante protection de
saint Martin de Tours
que ces derniers avaient choisi comme Patron lors de leur fondation en 1579.
La saint Martin était une fête très populaire,
et il était le saint tutélaire de la Collégiale de Visé

Souvent les guildes prenaient comme saint patron le saint tutélaire de l'église principale de leur ville, il est étonnant que les arbalétriers aient préféré saint Georges alors que celle-ci était dédicacée à St Martinmousquetaire de Gheyn
En cette fin de 16e siècle, la région était infestée de malfaiteurs de toutes sortes, déserteurs des armées, brigands, etc,... qui traversaient la Principauté de Liège à l'extrémité de laquelle la petite ville mosane se trouvait.Maestricht était alors occupée par les troupes d'Alexandre Farnèse, le Duc de Parme, Gouverneur des Pays-Bas chargé d'y remettre de l'ordre et qui avait installé ses quartiers à Visé.

Pas mal de traînards, de pillards, de voleurs, infestaient la région, suivant l'armée régulière, laquelle se servait souvent "sur le pays".
L'histoire ne relate cependant aucun haut fait d'arme tant par les arbalétriers que les arquebusiers.
De plus le Duc ayant ses quartiers dans la ville, l'ordre y régnait certainement grâce à sa propre garde.

Les deux gildes (ou guildes ) gardaient en fait uniquement la cité, sortant peu en dehors de ce qui restait des remparts démolis par Charles le Téméraire et en partie reconstruits.

On peut même se demander l'origine et la mission exactes des gildes visétoises puisqu'il existait déjà dans la cité une milice bourgeoise chargée de maintenir l'ordre et disposée dans les divers quartiers.
Grâce aux gildes et à leurs hommes entraînés, dans chaque quartier, au son du tambour,
il était possible de faire appel en quelques minutes à un renfort d'hommes prêts à laisser tomber leurs occupations et à prendre leurs armes pour intervenir. Il leur incombait en effet à tout membre d'une gilde de posséder l'armement nécessaire et d'être entrainé à son maniement.
Ces obligations des citoyens visétois furent même rappelées dans un mandement d'Ernest de Bavière du 11 février 1597... bizarrement deux ans avant que la gilde ne soit confirmée dans ses statuts (
Il faut donc voir dans la création des gildes bien plus qu'une simple garde bourgeoise, mais une volonté d'avoir la même influence que celle des Corporations et Métiers, de s'impliquer dans les prises de décision de la ville et d'en diriger le destin.

Ernest de Bavière

Ernest de Bavière
1581-1612

 

armes d'Ernest de Bavière
Ernest de Bavière
1581-1612

Outre les privilèges accordés aux gildes, c'était aussi l'occasion pour les membres de celles-ci de faire preuve d'un certain élitisme, tout le monde n'étant pas admis dans les rangs.
Dans certaines villes, c'était réellement une classe, une caste, particulière, et à Visé on n'a certainement pas dérogé à cette règle.

En outre, les membres des sociétés du papegay bénéficiaient de franchises, d'exemptions de taxes (temps bénit !!!) ou de rôle de garde.  Ils étaient dès lors exempts de milice.
Dans plusieurs villes, partout en Europe, des sociétés du papeguay se créèrent dans ce but.
Elle s'autofinançaient via les cotisations des membres, mais y gagnaient largement grâce aux franchises dont ils profitaient. On appelait d'ailleurs ces sociétés des compagnies franches.
On trouvait des francs archers, des francs arbalétriers et des francs arquebusiers (déjà !)
Ces privilèges et droits étaient surtout octroyés au Roy du tir pour toute l'année pendant laquelle il avait abattu l'oiseau et même à vie pour celui qui devenait empereur en réussissant l'exploi trois années consécutives. L'exemption de taxes concernait aussi la vente par ceux-ci de boissons spiritueuses, vins, cidre, bières, etc.

Mais si le vainqueur du tir était aussi bien considéré c'est qu'on voyait dans sa victoire bien plus que son adresse mais une certaine volonté divine de lui avoir octroyé cet honneur.
En effet, la chance est pour une bonne part dans l'abat de l'oiseau, avec une perche qui bouge, et des armes non rayées qui manquent de précision.
Chaque tireur avait ainsi une chance d'arriver à décrocher la timbale, chance que l'on attribuait à une divine protection.
Il ne faut pas oublier non plus que le Capitaine de la compagnie pouvait faire battre tambour et rassembler ses hommes d'armes, détenant ainsi une puissance non négligeable, particulièrement dans les grandes villes où elle comportait parfois un effectif de plusieurs centaines d'hommes.
Les gouvernants ne voyaient pas toujours d'un bon oeil cette armée parrallèle qui aurait pu se retourner contre eux et des compagnies furent parfois dissoutes. Au 16e siècle, l'arme à feu existe depuis un siècle et demi, et est en usage dans toutes les compagnies, aussi bien les archers que les arbalétriers
S
i des privilèges économiques certains existaient pour les confréries armées, pourquoi créer une nouvelle gilde et pas simplement y intégrer de nouveaux membres ?

Cela renforce l'idée que la raison est très vraisemblablement aussi d'ordre politique.

Est-il étonnant de voir que le capitaine des harquebusiers est un bourgmestre de la ville, représentant du peuple, face aux échevins qui représentent le Prince ?

Les Arquebusiers sous de fallacieux prétextes finiront même par laisser croire au Prince-Evêque que les Arbalétriers n'ont plus de raison d'être et la vieille gilde sera un temps supprimée, le temps que le monarque revienne à de meilleurs sentiments.

Nous sommes aussi en pleine période de Réforme,
et même si celle-ci n'eut pas tellement d'influence en Princi
pauté, le Prince -Evêque se méfie et
l'appartenance à la religion catholique est une exigence répétée dans les statuts de la gilde à l'époque et rappelée dans les statuts promulgués le 15 mai 1599,
par le Prince-Evêque de Liège, Ernest de Bavière, ce mandement rappelait les statuts accordés par Gérard de Groesbeck de 1580 dont le document original avait disparu
Les nouvelles idées font leur chemin, causant parfois des soucis à certains visétois soupçonnés qui eurent quelques démêlées avec la Justice de l'époque.
Comme certains étaient arbalétriers, ce fait mis en exergue ne manquât pas d'influencer le Prince-Evêque dans sa décision de supprimer l'ancienne gilde
Heureusement, le monarque reviendra à de meilleurs sentiments après que les Arbalétriers aient fait valoir leurs bons droits et les rétablira dans leurs prérogatives
Pourquoi cette lutte permanente entre Arbalétriers et Arquebusiers, si ce n'est pour s'accaparer la direction de la Cité ?


A Liège même, les Chiroux à base aristocratique, bourgeoise et catholique,
défendent les intérêts du Prince-Evêque et de l'Empire
Chiroux ainsi nommés par leurs adversaires parce que la compagnie militaire, les arquebusiers,
qui en forme le noyau est habillée d'un costume à bas blancs,
habit noir et culottes blanches qui rappelle la robe d'une hirondelle
(chirou en wallon de Liège).
Visé est favorable aux Chiroux.

© blasons réalisés par Héraldique Européenne, Arnaud Bunel, pour compte de M. Poelmans et propriété exclusive,
modèle déposé auprès de l'OBPI
Office Benelux de la Propriété Intellectuelle


Vers le 17e siècle

textes des princes évêques de Liège sur http://perso.infonie.be/liege06/00zero.htm

 

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